« Avec eux, on est très bien. »
C’est une phrase que l’on entend facilement dans une agence d’emploi.
- Le client commande régulièrement.
- Les échanges sont simples.
- Le Chargé de Recrutement connaît bien son interlocuteur.
- Le Responsable d’Agence l’appelle directement lorsque quelque chose ne va pas.
La relation semble solide.
Puis un jour, cet interlocuteur change de poste.
Et soudain, l’agence découvre quelque chose d’assez inconfortable : elle connaissait très bien une personne chez ce client. Mais connaissait-elle réellement l’entreprise ?
Un bon contact ne signifie pas forcément une relation profonde
Avoir un interlocuteur privilégié est évidemment une bonne chose. C’est même souvent ce qui permet à une relation commerciale de fonctionner efficacement.
Le problème apparaît lorsque toute la relation repose sur cette seule personne.
Le Responsable RH vous appelle pour les besoins d’intérim. Très bien. Mais qui décide des recrutements CDD-CDI ? Qui gère les besoins des autres établissements ? Qui intervient lorsqu’un nouveau site ouvre ? Qui négocie les conditions commerciales ? Qui décide quelles agences sont référencées ? Qui gère les recrutements sur d’autres métiers ? Qui sera votre interlocuteur si votre contact actuel quitte l’entreprise ?
Si la réponse est « je ne sais pas », il y a peut-être un sujet. Pas forcément un problème immédiat. Mais une vraie zone d’ombre dans votre relation client.
Le client n’est pas son interlocuteur
C’est probablement la distinction la plus importante.
Votre interlocuteur est une personne. Votre client est une organisation. Et ces deux réalités ne se confondent pas.
Une entreprise peut compter plusieurs sites, plusieurs activités, plusieurs niveaux de management et plusieurs façons de recruter. Un Responsable de site peut avoir besoin d’intérimaires très rapidement. La DRH peut gérer les recrutements CDD-CDI. Les achats peuvent négocier les conditions avec les prestataires. Un directeur d’exploitation peut avoir une vision complètement différente des priorités. Et parfois, les décisions sont centralisées au niveau d’un groupe.
Si votre agence ne connaît qu’une personne, elle ne voit qu’une partie de cette organisation.
« Mais notre contact nous donne toutes les commandes »
C’est possible. Et ce n’est pas un problème en soi. Il ne faut évidemment pas créer artificiellement plusieurs interlocuteurs chez tous les clients. Si une relation fonctionne parfaitement, inutile de compliquer les choses.
La question est plutôt : est-ce que votre interlocuteur est votre seul point d’entrée parce que c’est réellement ainsi que l’entreprise fonctionne, ou parce que vous n’avez jamais cherché à comprendre le reste ?
La nuance est importante. Dans le premier cas, tout va bien. Dans le second, l’agence peut avoir construit une relation beaucoup plus fragile qu’elle ne le pense.
Quand le départ d’une personne fait vaciller la relation
Imaginez une agence qui travaille depuis plusieurs années avec une responsable RH. Elle connaît parfaitement les besoins de l’entreprise. Elle connaît les horaires, les métiers, les contraintes, les habitudes. Elle sait à qui téléphoner lorsqu’une commande arrive.
Puis la responsable RH part. Son remplaçant arrive. Et l’agence doit recommencer une partie du travail.
Pourquoi ? Parce que beaucoup de connaissances étaient restées dans la relation entre deux personnes, et pas réellement dans la connaissance collective du compte.
Le nouveau responsable peut décider de consulter d’autres agences. Il peut remettre les prestataires en concurrence. Il peut changer les critères de sélection. Il peut centraliser certains recrutements.
Et l’agence, qui pensait avoir un client fidèle, se retrouve soudain à devoir prouver à nouveau sa valeur.
La connaissance client ne doit pas rester dans la tête d’une seule personne
C’est aussi un sujet de management. Un Responsable d’Agence peut demander à son équipe :
- Qui sont nos principaux interlocuteurs chez ce client ?
- Que fait précisément chacun d’eux ?
- Qui décide ?
- Qui utilise réellement notre service ?
- Qui rencontre les difficultés de recrutement ?
- Qui intervient sur les CDD-CDI ?
- Quels autres sites ou activités pourraient être concernés ?
- Que savons-nous de l’organisation du recrutement chez ce client ?
- Que se passerait-il si notre interlocuteur principal quittait l’entreprise ?
L’objectif n’est pas de construire un dossier de 40 pages sur chaque client. Il s’agit simplement de vérifier que la connaissance du compte est suffisamment solide pour survivre aux changements de personnes.
Il existe une différence entre connaître un client et connaître son fonctionnement
Prenons deux agences.
Agence A
Elle travaille depuis cinq ans avec la même responsable RH. Elle connaît parfaitement ses attentes. Elle répond rapidement. Elle reçoit régulièrement des commandes. Mais elle ne connaît quasiment personne d’autre dans l’entreprise.
Agence B
Elle travaille également avec cette responsable RH. Mais elle connaît aussi le responsable de site, comprend les contraintes opérationnelles, sait comment sont organisés les recrutements sur les autres établissements et connaît les interlocuteurs impliqués dans les recrutements permanents.
Les deux agences peuvent avoir exactement le même chiffre d’affaires aujourd’hui. Mais elles n’ont pas la même solidité relationnelle.
La deuxième comprend davantage le fonctionnement de son client. Elle dépend moins d’une seule relation. Et surtout, elle est mieux placée pour comprendre ce qui se passe lorsque l’entreprise évolue.
Attention à ne pas transformer cela en chasse aux contacts
Il y aurait un mauvais réflexe : « Il faut absolument connaître cinq personnes chez chaque client. »
Non. Ce n’est pas une règle. Le nombre de contacts n’est pas un indicateur de qualité en soi.
Une petite entreprise peut parfaitement fonctionner avec un seul interlocuteur. À l’inverse, connaître huit personnes dans un grand groupe ne signifie pas forcément comprendre comment les décisions sont prises.
La profondeur de relation ne se mesure pas au nombre de cartes de visite dans le CRM. Elle se mesure à votre compréhension du fonctionnement réel de l’entreprise.
Et le Chargé de Recrutement peut parfois voir ce que le commercial ne voit pas
C’est là que le sujet rejoint directement le fonctionnement d’une agence d’emploi.
Le Chargé de Recrutement échange avec les candidats et les intérimaires. Il entend parler des entreprises. Il découvre parfois qu’un candidat travaille sur un autre site du même groupe. Il peut apprendre qu’un client recrute également sur un autre métier. Il peut entendre parler d’un changement d’organisation. Il peut découvrir qu’un intérimaire est passé par une autre agence sur une autre mission.
Toutes ces informations ne sont pas nécessairement des opportunités commerciales immédiates. Mais elles peuvent contribuer à mieux comprendre l’entreprise cliente.
C’est précisément l’un des intérêts d’une organisation où l’information circule entre les personnes plutôt que de rester enfermée dans chaque fonction. Cette logique rejoint d’ailleurs les réflexes commerciaux des Chargés de Recrutement déjà développés par IntervYOU.
Le changement d’interlocuteur ne devrait pas être une découverte
Il y a finalement un test assez simple.
Prenez un de vos clients importants. Imaginez que votre interlocuteur principal vous annonce demain : « Je quitte l’entreprise. »
Que savez-vous encore ?
- Savez-vous qui reprend le sujet ?
- Savez-vous comment sont organisés les recrutements ?
- Savez-vous quels sont les principaux besoins de l’entreprise ?
- Savez-vous quels autres interlocuteurs connaissent votre agence ?
- Savez-vous ce que le client attend réellement de vous ?
- Savez-vous quels autres prestataires interviennent ?
- Savez-vous quels sont les enjeux actuels de l’entreprise ?
Si la réponse est largement « non », ce n’est pas forcément que votre relation était mauvaise. C’est peut-être simplement qu’elle était trop personnelle.
Un bon commercial ne cherche pas à connaître tout le monde
Il cherche à comprendre comment fonctionne son client. C’est très différent.
Il ne s’agit pas de multiplier les rendez-vous. Ni de demander systématiquement à rencontrer le directeur. Ni de contourner son interlocuteur actuel. Et encore moins de donner l’impression que l’agence cherche à vendre davantage à tout prix.
Il s’agit plutôt, progressivement, de comprendre qui intervient, qui décide, qui utilise, qui influence et comment les besoins circulent dans l’entreprise.
Cette connaissance permet aussi de mieux anticiper les changements.
Et si votre interlocuteur était excellent… mais temporaire ?
C’est peut-être la question que les Responsables d’Agence devraient davantage se poser.
Une excellente relation commerciale est une force. Mais une excellente relation commerciale qui dépend entièrement d’une seule personne peut devenir une fragilité.
Le bon réflexe n’est donc pas de se méfier de son interlocuteur. C’est au contraire de développer une relation client durable tout en élargissant progressivement sa compréhension du compte.
Le jour où l’organisation change, l’agence ne repart ainsi pas de zéro.
Votre client peut changer sans devenir un nouveau client
C’est là toute la subtilité.
Une entreprise peut changer de direction. Ouvrir un site. Fermer une activité. Réorganiser ses achats. Modifier son organisation RH. Changer ses volumes. Recruter autrement. Et pourtant rester exactement le même client juridique, avec le même nom dans votre CRM.
Si votre connaissance du compte n’évolue pas avec l’entreprise, elle finit forcément par devenir obsolète.
Connaître son client n’est donc pas un acquis. C’est quelque chose qui se met à jour — un peu comme développer son portefeuille autrement suppose de regarder ses clients existants avec un œil neuf plutôt que de toujours chercher de nouveaux prospects.
Alors, connaissez-vous vraiment votre entreprise cliente ?
La prochaine fois que vous regarderez un client important, ne vous demandez pas seulement : « Combien nous commande-t-il ? »
Demandez-vous aussi : « Qui connaissons-nous réellement chez lui ? » Puis : « Que savons-nous de son fonctionnement que nous ne savions pas il y a deux ans ? » Et enfin : « Si notre interlocuteur principal partait demain, quelle partie de notre relation resterait réellement à l’agence ? »
Ces questions ne servent pas à compliquer la relation commerciale. Elles servent à la rendre plus solide, plus collective et plus durable.
Parce qu’une agence d’emploi ne devrait pas seulement connaître la personne qui passe ses commandes. Elle devrait comprendre l’entreprise pour laquelle elle recrute.
Votre équipe connaît-elle vraiment ses clients ?
Développer une relation client ne consiste pas seulement à conserver les commandes existantes. Il faut aussi apprendre à mieux comprendre les entreprises, détecter les informations utiles et faire circuler ces informations au sein de l’agence.
C’est l’un des réflexes que nous travaillons chez IntervYOU avec les équipes d’agences d’emploi : développer une approche commerciale concrète, directement reliée à leur activité quotidienne.
Votre équipe connaît-elle vraiment ses clients, au-delà de leur interlocuteur habituel ?
Chez IntervYOU, nous aidons les agences d’emploi à approfondir leur connaissance des entreprises clientes et à faire circuler cette information entre le commercial, les Chargés de Recrutement et le Responsable d’Agence.
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