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Avant de former votre équipe, quel problème cherchez-vous vraiment à résoudre ?

« Il faudrait former nos Chargés de Recrutement. » La phrase paraît simple. Elle peut même sembler être une bonne réponse lorsqu’une équipe rencontre des difficultés.

Les résultats baissent. Certaines pratiques ne sont pas maîtrisées. Les mêmes erreurs reviennent. Les managers passent beaucoup de temps à reprendre les dossiers. Certains collaborateurs manquent d’autonomie. Alors on pense formation.

Mais avant de programmer deux jours dans un agenda, une question mérite d’être posée : quel problème cherchez-vous réellement à résoudre ? Parce qu’un problème de performance n’est pas forcément un problème de compétence. Et une formation n’est pas toujours la bonne réponse.

« Ils ne parlent pas assez placement » : d’accord. Mais pourquoi ?

Prenons une situation très concrète. Un Responsable d’Agence constate que ses Chargés de Recrutement parlent peu de placement CDD-CDI. La première conclusion peut être rapide : « Ils ne savent pas faire du placement. Il faut les former. » Pourquoi pas.

Mais avant de former, il faudrait comprendre ce qui se passe réellement. Est-ce qu’ils ne détectent pas les situations dans lesquelles un placement pourrait être pertinent ? Est-ce qu’ils identifient une opportunité mais n’osent pas en parler au client ? Est-ce qu’ils ne savent pas comment présenter le placement ? Est-ce qu’ils connaissent mal les conditions commerciales de leur agence ? Est-ce qu’ils ont peur de parler des honoraires ? Est-ce que leur Responsable d’Agence ne leur demande jamais de le faire ? Ou est-ce simplement qu’ils rencontrent trop peu de situations sur lesquelles s’entraîner ?

Le constat est le même. La réponse peut être complètement différente.

Un résultat ne permet pas toujours d’identifier la compétence qui manque

C’est un piège assez classique du management. On observe un résultat : « Les relances candidats ne sont pas efficaces. » Ou : « Les commandes sont mal qualifiées. » Ou encore : « Les profils présentés aux clients ne sont pas assez pertinents. »

Puis on cherche immédiatement une formation correspondant au problème. Mais le résultat ne dit pas nécessairement ce que le collaborateur ne sait pas faire.

Prenons une commande mal qualifiée. Le problème peut venir de plusieurs choses : le CR ne sait pas quelles questions poser ; il pose les bonnes questions mais ne sait pas exploiter les réponses ; il va trop vite parce qu’il est sous pression ; il ne comprend pas suffisamment le métier du client ; il sait qualifier mais son organisation ne lui laisse pas le temps de le faire correctement ; il n’a jamais reçu de feedback précis sur sa manière de prendre une commande.

Dans certains cas, une formation peut être pertinente. Dans d’autres, il faut surtout travailler le management, l’organisation ou les pratiques internes. Diagnostiquer avant de former permet justement de faire cette différence.

La bonne question n’est pas « Que doivent-ils apprendre ? »

Elle est d’abord : « Qu’est-ce qu’ils font aujourd’hui, et qu’est-ce que nous voudrions qu’ils fassent différemment ? » Cette formulation oblige à quitter les impressions.

« Ils manquent de méthode » est une impression. « Lorsqu’un client passe une commande, le CR vérifie les horaires et le salaire, mais ne cherche pas à comprendre les contraintes liées au poste » est beaucoup plus précis.

« Ils ne sont pas assez commerciaux » est une impression. « Lorsqu’un candidat correspond également à un besoin de placement, le CR ne pense pas à explorer cette possibilité avec le client » est observable.

« Ils ne sont pas autonomes » est une impression. « Pour traiter une situation qu’il a déjà rencontrée plusieurs fois, le CR demande systématiquement au Responsable d’Agence de lui indiquer quoi faire » est observable.

Et c’est beaucoup plus intéressant pour décider d’une action.

Le test des quatre questions

Avant de décider qu’une formation est nécessaire, un Responsable d’Agence peut déjà se poser quatre questions.

1. Quel résultat pose problème ? Pas « l’équipe n’est pas assez performante ». Quel résultat précisément ? Moins de placements ? Trop de commandes mal qualifiées ? Trop de remplacements ? Des clients qui refusent régulièrement les profils ? Une prospection insuffisante ? Des difficultés à manager les collaborateurs ? Il faut commencer par un problème concret.

2. Quel comportement observe-t-on ? Que font réellement les collaborateurs ? Que font-ils lorsqu’ils rencontrent cette situation ? Que ne font-ils pas ? À quel moment le problème apparaît-il ? Cette observation est souvent plus instructive que plusieurs tableaux de chiffres.

3. Quelle compétence semble manquer ? C’est seulement à ce moment-là que la question de la compétence arrive. Le collaborateur ne sait-il pas qualifier ? Questionner ? Argumenter ? Prioriser ? Présenter un candidat ? Conduire un entretien ? Donner un feedback ? Négocier ? Développer une relation commerciale ? Ou sait-il le faire, mais ne le fait-il pas régulièrement ? Cette distinction est essentielle. Ne pas savoir faire et ne pas faire sont deux problèmes différents.

4. La formation est-elle vraiment la bonne réponse ? C’est peut-être la question la plus importante. Si le collaborateur ne maîtrise pas une méthode, ne connaît pas les bons réflexes ou n’a jamais suffisamment pratiqué, une formation peut être une réponse pertinente. Mais si le problème vient d’un objectif incompréhensible, d’un manque de temps, d’un outil mal adapté, d’une organisation confuse ou d’un management qui ne donne jamais de feedback, une formation ne réglera pas tout.

Parfois, le problème n’est pas : « Ils ne savent pas faire. » Mais : « L’organisation ne leur permet pas suffisamment de bien faire. »

Former tout le monde n’est pas toujours nécessaire

Il existe aussi une autre tentation : former toute l’équipe dès qu’un problème apparaît. Pourtant, les écarts peuvent être très différents d’un Chargé de Recrutement à l’autre.

Prenons trois collaborateurs. Le premier sait parfaitement qualifier une commande, mais manque de confiance lorsqu’il doit challenger un client. Le deuxième sait questionner le client, mais ne pense pas à exploiter les informations obtenues dans la suite du recrutement. Le troisième maîtrise les deux, mais manque d’organisation et travaille constamment dans l’urgence.

Le même objectif peut donc cacher trois besoins différents. Une formation collective peut évidemment être pertinente. Mais elle sera beaucoup plus efficace si l’on sait précisément ce que l’on cherche à faire progresser chez les participants.

Le rôle du Responsable d’Agence est aussi d’observer

Le diagnostic ne demande pas forcément un dispositif compliqué. Le Responsable d’Agence peut observer une situation réelle. Une prise de commande. Une relance. Un entretien candidat. Une présentation de profil. Un échange avec un client.

Puis demander : « Qu’est-ce que tu cherchais à obtenir ? » « Pourquoi as-tu posé cette question ? » « Qu’est-ce qui t’a fait choisir ce candidat ? » « Qu’est-ce que tu aurais pu faire différemment ? »

Ces questions permettent parfois de découvrir beaucoup plus précisément une compétence à travailler qu’un simple indicateur de performance. Et elles donnent également au collaborateur l’occasion de prendre conscience de sa propre manière de fonctionner — le même réflexe managérial qu’on retrouvait dans « Votre RA est-il encore manager… ou est-il devenu le meilleur pompier de l’agence ? ».

Le diagnostic permet aussi de mieux mesurer la formation ensuite

C’est là que le sujet rejoint directement celui du suivi après formation. Si, avant la formation, on sait exactement ce que l’on cherche à faire évoluer, il devient beaucoup plus facile de regarder ce qui a changé ensuite.

Avant : « Lors d’une prise de commande, le CR pose essentiellement des questions administratives et opérationnelles. » Après : « Il cherche désormais à comprendre les contraintes qui peuvent faire échouer le recrutement. »

Avant : « Le CR identifie rarement les opportunités de placement. » Après : « Il pense davantage à explorer cette possibilité lorsqu’un candidat correspond à un besoin de recrutement durable. »

Avant : « Le Responsable d’Agence doit régulièrement reprendre les situations complexes. » Après : « Le CR propose lui-même plusieurs options et explique son raisonnement. »

Le changement devient observable. Et c’est beaucoup plus intéressant qu’un simple « la formation s’est bien passée ».

Une formation ne devrait pas être un réflexe

Former une équipe représente du temps, de l’organisation et un investissement. Mais le plus important n’est finalement pas le nombre de jours de formation. C’est la précision du problème auquel on cherche à répondre.

Avant de réserver une session, il peut donc être utile de se demander : quel résultat voulons-nous améliorer ? Puis : quel comportement devons-nous faire évoluer ? Puis : quelle compétence manque réellement — la même distinction qu’on faisait dans « Pourquoi vos Chargés de Recrutement répètent-ils les mêmes erreurs ? » ? Et enfin : la formation est-elle la meilleure réponse pour faire évoluer cette compétence ?

Ces quatre questions permettent déjà d’éviter beaucoup de formations trop générales.

Et si le vrai problème était ailleurs ?

C’est peut-être la question la plus utile à garder en tête. Une équipe peut manquer de performance parce qu’elle manque de compétences. Mais elle peut aussi manquer de clarté. De priorités. De feedback. D’autonomie. De temps. D’outils. De cadre. Ou simplement de compréhension de ce que l’on attend réellement d’elle.

Une formation ne doit pas devenir la réponse automatique à chaque problème d’équipe. Elle doit répondre à un besoin identifié. Et lorsqu’elle le fait, elle devient beaucoup plus qu’un moment de sensibilisation ou de transmission. Elle devient un véritable levier de changement.

Une formation efficace commence rarement par le choix d’un programme. Elle commence par la compréhension précise de ce que l’on veut faire évoluer.

Avant de former votre équipe, êtes-vous certain d’avoir identifié le bon problème ?

Une formation efficace commence rarement par le choix d’un programme. Elle commence par la compréhension précise de ce que l’on veut faire évoluer.

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Nicolas Bourgeois

Après neuf années en cabinet de recrutement parisien, j'ai fondé IntervYOU, organisme de formation dédié aux agences d'emploi et d'intérim. En cinq ans, j'ai formé plus de 50 enseignes du secteur. Recrutement, développement commercial, management : des formations issues du terrain, avec un objectif — aider les équipes à recruter mieux, développer leur activité et renforcer durablement la relation client.