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Votre Chargé de Recrutement est autonome. Mais est-il vraiment responsabilisé ?

« Il est autonome. Je n’ai pas besoin d’être derrière lui. »

Dans une agence d’emploi, cette phrase peut être un excellent signe.

Ou pas.

Parce qu’un Chargé de Recrutement peut sembler parfaitement autonome tout en ayant finalement assez peu de marge de décision.

  • Il traite ses commandes.
  • Il gère ses candidats.
  • Il appelle les clients.
  • Il organise sa journée.

Mais dès qu’une situation sort un peu du cadre habituel, il se tourne vers son Responsable d’Agence.

« Je fais quoi ? »

Et c’est là qu’une vraie question managériale apparaît.

Être autonome et être responsabilisé, ce n’est pas exactement la même chose.

L’autonomie ne consiste pas seulement à ne pas avoir son manager sur le dos

Dans certaines agences, un Chargé de Recrutement peut travailler toute la journée sans que son Responsable d’Agence intervienne.

Cela peut donner une impression d’autonomie.

Mais regardons ce qui se passe lorsqu’une situation devient moins évidente.

  • Un client hésite entre deux profils.
  • Un candidat disponible demande une adaptation des conditions de mission.
  • Une commande arrive alors que plusieurs autres dossiers sont déjà en cours.
  • Un client historique demande quelque chose qui sort des habitudes de l’agence.
  • Une opportunité de placement CDD-CDI apparaît.

Le Chargé de Recrutement peut alors avoir le réflexe de remonter immédiatement la décision.

Ce n’est pas forcément un problème de compétence.

Il peut simplement ne pas savoir jusqu’où il peut décider seul — une question qui rejoint directement ce que nous avions déjà développé autour de la prise de décision au sein des équipes.

Et surtout, il peut avoir appris au fil du temps que la décision finale appartient toujours au Responsable d’Agence.

« Fais comme tu veux » n’est pas une politique managériale

À l’inverse, certains managers veulent donner davantage d’autonomie.

Ils disent : « Je te fais confiance. » « Tu connais ton métier. » « À toi de voir. »

L’intention est bonne.

Mais si les règles du jeu ne sont pas claires, le résultat peut être l’inverse de celui recherché.

Le Chargé de Recrutement ne sait pas forcément : quelles décisions il peut prendre seul ; lesquelles doivent être partagées ; quels critères doivent guider son choix ; jusqu’où il peut négocier ; quand une situation devient suffisamment importante pour solliciter le Responsable d’Agence.

Il peut alors choisir entre deux comportements. Prendre une décision en espérant qu’elle sera validée. Ou demander systématiquement avant d’agir.

Dans les deux cas, l’autonomie reste limitée.

Donner de l’autonomie sans donner de cadre peut simplement déplacer l’incertitude sur le salarié.

Responsabiliser, c’est donner un espace de décision

Responsabiliser un Chargé de Recrutement, ce n’est donc pas simplement lui confier davantage de tâches.

C’est lui permettre de prendre certaines décisions en comprenant ce qu’elles impliquent.

Par exemple, selon l’organisation de l’agence, il peut avoir la possibilité de décider : quelle commande traiter en priorité ; quel candidat présenter ; quelle information transmettre au client ; quelle action mener lorsqu’un candidat se désiste ; quand relancer un interlocuteur ; quand proposer un autre profil ; quand faire remonter une situation particulière.

Le niveau de décision dépend évidemment de l’agence, de l’expérience du collaborateur, de son poste et du fonctionnement interne.

Il n’existe pas une frontière universelle entre ce qu’un Chargé de Recrutement doit décider et ce que doit décider son Responsable d’Agence.

Mais une chose est certaine : si personne ne sait où se situe cette frontière, l’équipe perd du temps.

Le vrai sujet n’est pas « peut-il décider ? », mais « sait-il pourquoi il décide ? »

C’est probablement le point le plus important.

On peut donner beaucoup de liberté à quelqu’un sans réellement le responsabiliser.

« Tu peux choisir le candidat que tu veux. »

Très bien. Mais sur quels critères ?

  • La disponibilité ?
  • L’adéquation au besoin ?
  • La fiabilité ?
  • L’expérience ?
  • La marge ?
  • Le potentiel de fidélisation du candidat ?
  • La relation avec le client ?

Selon la situation, plusieurs éléments peuvent entrer en jeu.

Responsabiliser suppose donc que le collaborateur comprenne suffisamment les enjeux derrière la décision.

Un Chargé de Recrutement qui connaît uniquement sa tâche peut exécuter. Un Chargé de Recrutement qui comprend les conséquences de ses choix peut commencer à arbitrer.

Et c’est là que le rôle du manager devient particulièrement important.

Le Responsable d’Agence ne doit pas forcément donner la réponse

Lorsqu’un collaborateur vient demander : « Tu ferais quoi à ma place ? »

La réponse la plus rapide est souvent de lui donner directement la solution.

C’est efficace. Pour aujourd’hui.

Mais si cette situation se répète, le Responsable d’Agence devient progressivement le point de passage obligé de nombreuses décisions, un peu comme lorsqu’il aide son équipe en faisant à sa place plutôt qu’en l’accompagnant.

Une autre approche peut consister à renvoyer la réflexion vers le collaborateur.

« Quelles sont les options ? » « Qu’est-ce qui te semble le plus pertinent ? » « Qu’est-ce que tu prends en compte ? » « Quel serait le risque de ton choix ? »

Le manager ne disparaît pas. Il reste là pour cadrer, challenger, corriger si nécessaire et assumer les décisions qui relèvent réellement de son rôle.

Mais il permet progressivement au Chargé de Recrutement de construire son propre raisonnement.

Le but n’est pas qu’il n’ait plus jamais besoin de son manager. Le but est qu’il sache de mieux en mieux quand il en a besoin.

Le droit à l’erreur fait aussi partie de la responsabilisation

Il y a une difficulté que les agences connaissent bien.

On demande de l’autonomie. Mais certaines erreurs sont immédiatement reprises par le manager.

Le collaborateur finit donc par comprendre le message implicite : « Tu peux décider… à condition de prendre la bonne décision. »

Ce qui est évidemment impossible.

Responsabiliser implique une part de risque.

Cela ne signifie pas accepter n’importe quelle erreur. Une erreur répétée malgré un accompagnement adapté doit être traitée. Une décision prise sans respecter une règle essentielle doit également l’être.

Mais une mauvaise décision prise de bonne foi, dans un cadre clairement défini, peut aussi devenir une occasion d’apprentissage.

Sinon, le collaborateur apprend surtout à ne plus décider.

Une équipe autonome ne signifie pas une équipe sans management

C’est peut-être même l’inverse.

Plus une équipe devient autonome, plus le management peut évoluer.

Le Responsable d’Agence passe progressivement moins de temps à répondre à chaque question opérationnelle et davantage de temps à :

  • donner une direction ;
  • fixer les priorités ;
  • expliquer les enjeux ;
  • faire progresser les compétences ;
  • suivre les résultats ;
  • intervenir sur les situations qui nécessitent réellement son arbitrage.

Le management ne disparaît pas. Il monte d’un niveau.

Et c’est souvent ce qui permet au Responsable d’Agence de sortir progressivement du rôle de « pompier » qui intervient partout dès qu’une situation devient un peu compliquée — un travail de fond qui rejoint ce que nous abordons en aidant les équipes à faire progresser les Chargés de Recrutement.

Alors, votre Chargé de Recrutement est-il vraiment responsabilisé ?

La question peut être assez simple à tester.

Lorsque quelque chose d’inhabituel se présente, que fait votre collaborateur ?

Est-ce qu’il :

  1. agit sans réfléchir aux conséquences ? Ce n’est pas de l’autonomie.
  2. demande systématiquement l’autorisation ? Ce n’est pas vraiment de l’autonomie non plus.
  3. analyse la situation, propose une décision et sait expliquer son raisonnement ? Là, on commence à parler de responsabilisation.

Bien sûr, tout ne peut pas être décidé seul.

Une agence d’emploi a ses règles, ses contraintes, ses risques et ses responsabilités. Certaines décisions doivent rester du ressort du Responsable d’Agence ou de la direction.

Mais pour le reste, le sujet mérite d’être posé.

Votre équipe a-t-elle simplement appris à fonctionner sans vous, ou a-t-elle réellement appris à décider ?

La différence peut sembler subtile. Dans le quotidien d’une agence, elle peut pourtant changer beaucoup de choses : la réactivité, la confiance, la charge du Responsable d’Agence et surtout la capacité de l’équipe à progresser.

Une équipe vraiment autonome n’est pas une équipe que son manager laisse tranquille. C’est une équipe à laquelle son manager a appris à décider.

Votre équipe sait-elle décider, ou a-t-elle simplement appris à fonctionner sans vous ?

Chez IntervYOU, nous aidons les Responsables d’Agence à construire un vrai cadre de responsabilisation pour leurs équipes, plutôt qu’une autonomie mal définie.

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Nicolas Bourgeois

Après neuf années en cabinet de recrutement parisien, j'ai fondé IntervYOU, organisme de formation dédié aux agences d'emploi et d'intérim. En cinq ans, j'ai formé plus de 50 enseignes du secteur. Recrutement, développement commercial, management : des formations issues du terrain, avec un objectif — aider les équipes à recruter mieux, développer leur activité et renforcer durablement la relation client.