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Faut-il vraiment accepter toutes les commandes d’intérim ?

« Le client vient de nous appeler. Il lui faut 4 personnes pour demain matin. »

Dans beaucoup d’agences d’emploi, la réaction est immédiate : il faut trouver. On ouvre la base candidats. On regarde les disponibilités. On appelle. On source. On relance. Et parfois, quelques heures plus tard, l’équipe est toujours en train de chercher.

Mais une question mérite parfois d’être posée avant de lancer toute la machine : cette commande mérite-t-elle vraiment que l’on mobilise autant de ressources pour la satisfaire ? La question peut sembler provocatrice. Elle ne l’est pas.

Une commande n’est pas forcément une bonne commande

Lorsqu’un client appelle, il est évidemment tentant de répondre oui. Après tout, c’est précisément ce que l’on attend d’une agence d’emploi : répondre aux besoins de ses clients. Mais toutes les commandes ne présentent pas les mêmes caractéristiques.

Certaines correspondent parfaitement au vivier de l’agence. Certaines sont difficiles mais intéressantes. Certaines nécessitent simplement de renégocier un élément avec le client. Et certaines sont tellement éloignées des capacités réelles de l’agence qu’elles vont surtout générer du temps perdu, de la frustration et, potentiellement, une mauvaise expérience pour tout le monde.

Le sujet n’est donc pas : « Faut-il accepter ou refuser les commandes ? » Mais plutôt : « Dans quelles conditions cette commande mérite-t-elle d’être prise en charge ? »

Premier réflexe : distinguer difficulté et impossibilité

Une commande difficile n’est pas nécessairement une mauvaise commande. Une recherche compliquée peut même être intéressante pour l’agence. Elle peut permettre de démontrer son expertise, de développer un nouveau vivier ou de renforcer une relation client.

Le problème apparaît lorsque l’agence sait, ou devrait savoir, qu’elle a très peu de chances de tenir son engagement.

Prenons un exemple. Un client demande quatre préparateurs de commandes pour le lendemain à 5 h 30, dans une zone difficile d’accès en transports en commun. L’agence possède très peu de candidats disponibles sur ce secteur. Ce n’est pas forcément une raison pour dire non. Mais c’est certainement une raison pour ne pas promettre quatre personnes sans avoir vérifié la faisabilité.

Avant de dire oui, cinq questions à se poser

1. Avons-nous réellement le vivier ? Pas simplement « J’ai des CV de préparateurs de commandes. » Mais : sont-ils disponibles ? Habitent-ils suffisamment près ? Acceptent-ils les horaires ? Possèdent-ils les compétences nécessaires ? Sont-ils encore joignables ? Correspondent-ils réellement aux conditions de la mission ? Une base de 500 candidats n’est pas nécessairement un vivier de 500 personnes mobilisables. La qualité du vivier compte davantage que son volume.

2. Avons-nous réellement compris la commande ? Une commande mal comprise peut devenir une recherche impossible. Horaires précis, lieu, durée, rémunération, environnement de travail, contraintes particulières, compétences réellement nécessaires… Parfois, une information supplémentaire permet de transformer une recherche impossible en recherche réaliste. Par exemple : « Il faut absolument quelqu’un qui ait déjà travaillé dans ce secteur. » Mais est-ce réellement indispensable ? Ou bien le client a-t-il simplement l’habitude de demander ce profil ? La question n’est pas de contester systématiquement le besoin. C’est de comprendre ce qui est véritablement non négociable.

3. Combien de temps cette commande risque-t-elle de mobiliser ? C’est probablement la question la moins posée. Une commande peut sembler intéressante sur le papier. Mais combien d’heures va-t-elle réellement demander ? Recherche dans la base. Appels. Messages. Sourcing. Qualification. Présentation. Relances. Gestion des désistements. Recherche de remplacement. Échanges avec le client. Et parfois… tout recommencer le lendemain. Une commande peut donc générer du chiffre d’affaires tout en mobilisant une quantité disproportionnée de ressources. Être occupé n’est pas la même chose qu’être rentable.

4. Que vaut réellement cette commande pour l’agence ? Toutes les commandes ne doivent pas être jugées uniquement sur leur montant. Une petite commande peut avoir beaucoup de valeur. Parce qu’elle vient d’un nouveau client. Parce qu’elle peut ouvrir d’autres besoins. Parce que le client travaille sur plusieurs métiers. Parce qu’elle peut permettre de développer une relation commerciale intéressante. Parce qu’elle peut déboucher sur du placement CDD-CDI. À l’inverse, une commande importante peut parfois être beaucoup moins intéressante si elle mobilise énormément l’équipe sans véritable perspective. Il faut donc regarder la commande, mais aussi ce qu’elle peut permettre de construire autour d’elle.

5. Quel est le risque si nous disons oui ? C’est peut-être la question la plus importante. Dire oui à un client crée une attente. Si l’agence annonce : « Oui, nous allons vous trouver quatre personnes pour demain. » le client entend : « Nous pouvons le faire. » Et si, quelques heures plus tard, l’agence n’en a trouvé qu’une ? Puis zéro le lendemain matin ?

Le problème n’est plus seulement commercial. Il devient relationnel.

L’agence peut perdre en crédibilité auprès du client. Et les équipes peuvent également avoir passé plusieurs heures à courir après une commande dont la faisabilité était très faible dès le départ.

Faut-il alors dire non ?

Pas forcément. Il existe une troisième voie, souvent beaucoup plus intéressante : négocier la commande. Peut-on modifier les horaires ? Décaler le démarrage ? Réduire temporairement le nombre de personnes ? Accepter un profil légèrement différent ? Prévoir plusieurs candidats plutôt qu’un seul ? Commencer avec deux personnes et compléter ensuite ? Ou simplement expliquer au client la réalité du marché ?

C’est là que le rôle du commercial, du consultant ou du RA devient particulièrement intéressant. L’agence n’est pas seulement là pour prendre une commande. Elle peut aussi aider son client à rendre son besoin réalisable.

« Mais si on commence à refuser les commandes… »

C’est souvent la peur derrière le raisonnement. Et elle est compréhensible. Une agence d’emploi doit rester réactive. Elle doit montrer qu’elle cherche des solutions. Mais réactivité ne signifie pas promesse irréaliste.

Dire : « Je vais regarder immédiatement ce que nous pouvons faire et je reviens vers vous avec une réponse réaliste. » peut être beaucoup plus professionnel que : « Oui, aucun problème. » alors que l’équipe sait déjà que la commande est quasiment impossible à honorer.

Et le rôle du RA dans tout ça ?

C’est justement là qu’une agence peut gagner en maturité. Le CR ou le consultant n’a pas nécessairement à porter seul la décision. Lorsqu’une commande devient particulièrement chronophage ou atypique, le RA doit pouvoir aider à arbitrer : on fonce ? On adapte ? On négocie ? On arrête ?

Ce n’est pas une perte de temps. C’est du pilotage. Et plus l’équipe partage ce type de réflexions, plus elle apprend à reconnaître les commandes qui méritent réellement son énergie.

Une petite grille très simple

Avant de mobiliser toute l’agence, on peut finalement se poser quatre questions :

  • 🟢 Avons-nous un vivier réellement mobilisable ? — si non 🔴, alerte forte
  • 🟢 Avons-nous compris les critères réellement indispensables ? — si non 🟠, à clarifier avec le client
  • 🟢 Le temps nécessaire est-il cohérent avec l’intérêt de la commande ? — si non 🟠, à reconsidérer
  • 🟢 Avons-nous une vraie chance de tenir notre engagement ? — si non 🔴, alerte forte

Et lorsque plusieurs voyants passent à l’orange ou au rouge, il est probablement temps de parler avec le client avant de lancer toute l’équipe.

Le vrai enjeu : choisir où mettre son énergie

Une agence d’emploi ne manque pas toujours de travail. Elle peut parfois manquer de priorités. Et c’est très différent.

Si une équipe consacre une grande partie de sa journée à essayer de pourvoir une commande quasiment impossible, elle ne fait pas autre chose : elle ne relance pas ses clients, elle ne développe pas ses prospects, elle ne travaille pas ses Propositions Actives, elle ne qualifie pas ses candidats, elle ne prépare pas ses prochaines commandes, elle ne développe pas ses placements CDD-CDI.

Le coût d’une mauvaise priorité n’est donc pas seulement le temps passé sur la mauvaise commande. C’est aussi le temps qui n’a pas pu être consacré aux bonnes opportunités.

Une commande refusée peut parfois être une bonne décision commerciale

C’est probablement le point le plus contre-intuitif. Une agence professionnelle ne doit pas chercher à dire oui à tout prix. Elle doit chercher à tenir ses engagements et à créer de la valeur pour ses clients.

Parfois, cela signifie accepter immédiatement. Parfois, cela signifie poser quelques questions. Parfois, cela signifie proposer une autre solution. Et parfois, cela signifie dire : « Dans ces conditions, nous ne sommes pas certains de pouvoir vous garantir le résultat. Voilà ce que nous pouvons réellement vous proposer. »

Ce n’est pas forcément perdre un client. C’est parfois commencer à construire une relation plus saine avec lui.

Dans les formations IntervYOU, nous travaillons justement sur ces situations du quotidien : qualifier une commande, mesurer sa faisabilité, prioriser son activité, préserver la qualité de service et identifier les opportunités commerciales derrière les demandes clients.

L’objectif n’est pas de transformer les équipes en machines à dire non. C’est tout l’inverse. Il s’agit de mieux savoir où investir son temps, quand mobiliser l’équipe, quand challenger le besoin client et quand transformer une commande en véritable opportunité commerciale. Parce qu’une agence performante n’est pas celle qui accepte tout. C’est celle qui sait où son énergie produit le plus de valeur.

Apprendre à arbitrer, pas seulement à exécuter

Qualifier une commande, mesurer sa faisabilité, savoir quand négocier avec le client : ce sont des réflexes qui se travaillent. C’est précisément l’objet de la formation « Votre meilleur commercial ? Il est déjà dans votre agence. »

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Nicolas Bourgeois

Après neuf années en cabinet de recrutement parisien, j'ai fondé IntervYOU, organisme de formation dédié aux agences d'emploi et d'intérim. En cinq ans, j'ai formé plus de 50 enseignes du secteur. Recrutement, développement commercial, management : des formations issues du terrain, avec un objectif — aider les équipes à recruter mieux, développer leur activité et renforcer durablement la relation client.

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